Mon mari est décédé, qui hérite de ses parents ?

Mon mari est décédé, qui hérite de ses parents ?
- avocats au Barreau de Paris |
Mis à jour le 16/12/2025 Publié le

Le décès d'un conjoint est une épreuve douloureuse, souvent suivie de questions complexes sur la succession. L'une des interrogations les plus fréquentes et délicates est de savoir si, en tant que conjoint survivant, vous avez des droits sur l'héritage de vos beaux-parents. Cette situation, où votre époux décède avant ses propres parents, soulève des points juridiques précis. La loi française, à travers le Code civil, établit des règles strictes qui définissent qui peut hériter et dans quel ordre. 

Succession des beaux-parents : qui sont les héritiers ?

Le droit français organise la succession "ab intestat" (sans testament) selon une hiérarchie stricte d'héritiers, répartis en quatre ordres.

Chaque ordre prime sur le suivant : la présence d'un héritier dans un ordre supérieur exclut les héritiers des ordres inférieurs.

En l'absence de conjoint successible, cette hiérarchie est définie à l'article 734 du Code civil :

  • Les enfants et leurs descendants : ce sont les héritiers prioritaires, sans distinction de sexe ou d'ordre de naissance, comme le confirme l'article 735 du Code civil.
  • Les père et mère (ascendants privilégiés) ; les frères et sœurs (collatéraux privilégiés) et les descendants de ces derniers : ils héritent uniquement s'il n'y a aucun descendant.
  • Les ascendants autres que les père et mère : il s'agit des grands-parents, arrière-grands-parents, etc.
  • Les collatéraux autres que les frères et sœurs : ce sont les oncles, tantes, cousins, etc.
  • Le conjoint survivant de l'enfant prédécédé (le gendre ou la belle-fille) n'apparaît dans aucun de ces quatre ordres. N'ayant pas de lien de sang avec ses beaux-parents, la loi ne lui reconnaît aucun droit automatique sur leur succession.

    Le principe de représentation successorale : quand les petits-enfants héritent

    Une question se pose alors : si votre mari est décédé, qui hérite à sa place de ses propres parents ? La réponse se trouve dans le mécanisme de la représentation successorale. Il s'agit d'une fiction juridique définie par l'article 751 du Code civil, qui "a pour effet d'appeler à la succession les représentants aux droits du représenté."

    Concrètement, si votre mari est décédé avant ses parents, vos enfants communs viennent à la succession de leurs grands-parents "en représentation" de leur père. Ils se partagent la part que leur père aurait dû recevoir. L'article 752 du Code civil précise que "la représentation a lieu à l'infini dans la ligne directe descendante."

    Exemple : Monsieur et Madame Durand ont deux fils, Paul et Jacques. Paul est marié et a deux enfants, Chloé et Lucas. Paul décède en 2023. Son père, Monsieur Durand, décède en 2025. Dans la succession de Monsieur Durand, son fils survivant, Jacques, recevra la moitié de l'héritage. L'autre moitié, qui aurait dû revenir à Paul, sera partagée entre Chloé et Lucas. Ils héritent par représentation de leur père prédécédé. L'épouse de Paul, quant à elle, ne reçoit rien de la succession de son beau-père.

    Pourquoi le conjoint survivant n'hérite-t-il pas de ses beaux-parents ?

    La conclusion est sans équivoque : en l'absence de dispositions spécifiques, un gendre ou une belle-fille n'hérite pas de ses beaux-parents. La raison fondamentale est l'absence de lien de parenté au sens du Code civil. La succession légale est fondée sur les liens du sang (filiation) et, par exception, sur le lien du mariage (uniquement entre les époux).

    Le lien d'alliance créé par le mariage s'éteint, sur le plan successoral, avec le décès de l'époux qui faisait le pont entre les deux familles. Seuls les descendants de votre époux (vos enfants) peuvent "franchir" ce pont grâce au mécanisme de la représentation. Ils héritent de leurs grands-parents. Vous, en tant que conjoint survivant, n'êtes pas un descendant et ne pouvez donc pas représenter votre mari dans la succession de ses parents.

    Les exceptions : comment un beau-parent peut avantager son gendre ou sa belle-fille ?

    Si la loi ne vous accorde aucun droit, vos beaux-parents peuvent tout à fait décider de vous transmettre une partie de leur patrimoine. Pour cela, ils doivent l'organiser de leur vivant par des actes de volonté. Il existe deux outils principaux :

    Le testament  

    Vos beaux-parents peuvent rédiger un testament (olographe, authentique ou mystique) dans lequel ils vous désignent comme légataire d'un ou plusieurs biens (legs particulier) ou d'une quote-part de leur patrimoine (legs à titre universel).

    Cette transmission ne peut porter que sur la "quotité disponible", c'est-à-dire la part de leur patrimoine qui n'est pas réservée par la loi à leurs héritiers directs (leurs enfants ou, à défaut, leur conjoint).

    La donation

    De leur vivant, vos beaux-parents peuvent également vous consentir une donation.

    Il peut s'agir d'une somme d'argent, d'un bien immobilier ou mobilier.

    Comme pour le testament, la donation ne doit pas empiéter sur la part réservataire des héritiers.

    Ces dispositions volontaires sont la seule et unique manière pour un conjoint survivant d'hériter de sa belle-famille.

     

    FAQ - Questions fréquentes

    Les petits-enfants héritent-ils automatiquement de leurs grands-parents ?

    Oui, dans deux cas de figure. Soit ils viennent à la succession aux côtés de leurs oncles et tantes si leur propre parent est décédé (par représentation), soit ils héritent directement si tous les enfants des grands-parents sont décédés avant eux.

    Quelle est la différence entre une donation et un testament ?

    La donation est un acte par lequel une personne (le donateur) transfère de son vivant et de manière irrévocable la propriété d'un bien à une autre personne (le donataire). Le transfert est immédiat. Le testament est un acte écrit par lequel une personne (le testateur) exprime ses dernières volontés et dispose de ses biens pour la période qui suivra son décès. Le transfert de propriété n'a lieu qu'après le décès.

    Le PACS ou le concubinage donnent-ils des droits sur l'héritage de la belle-famille ?

    Absolument aucun. Ni le PACS, ni le concubinage ne créent de droits successoraux, que ce soit entre les partenaires eux-mêmes (sauf testament) ou à plus forte raison vis-à-vis de la belle-famille. Les règles décrites s'appliquent uniquement aux couples mariés.

    Dans quels cas peut-on indirectement recevoir des biens de ses beaux-parents ?

    Il existe un cas de figure où vous pouvez recevoir des biens ayant appartenu à vos beaux-parents, même si vous n'héritez pas directement d'eux. Ce scénario se produit lorsque vos beaux-parents décèdent avant votre conjoint.

    Exemple concret : Madame Martin est mariée à Pierre. Les parents de Pierre décèdent en 2020. Pierre hérite de leur maison et de leur épargne, qui intègrent alors son patrimoine personnel. Quelques années plus tard, en 2024, Pierre décède à son tour.

    À ce moment, Madame Martin hérite de son mari selon les règles du Code civil (en usufruit ou en propriété selon qu'il y a des enfants ou non). Dans la succession de Pierre se trouvent tous ses biens, y compris ceux qu'il avait lui-même hérités de ses parents.

    Ainsi, Madame Martin reçoit indirectement une part de la maison et de l'épargne qui appartenaient initialement à ses beaux-parents. Important : elle n'hérite pas de ses beaux-parents directement, mais uniquement de son mari. C'est parce que ces biens étaient devenus la propriété de Pierre avant son décès qu'ils font partie de sa succession. Si les parents de Pierre avaient survécu à leur fils, Madame Martin n'aurait jamais pu recevoir leurs biens par succession.

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